La Commission des sondages joue la dissuasion massive

Dimanche 22 avril 2012, par Julien CHAUVIERRE // Présidentielles 2012

Décidée à enrayer la diffusion sur Internet de sondages électoraux avant l’issue du scrutin dimanche, l’institution a annoncé que le Parquet serait saisi de toute infraction constatée. Le courrier au procureur est déjà prêt.

- "Ultime opération de dissuasion pour la Commission des sondages ce vendredi, afin de limiter le risque d’une diffusion publique dimanche avant 20 heures de sondages sortie des urnes ou d’estimations précoces. La polémique a animé la dernière semaine de campagne, suscitant des réactions en cascade. Alors que Nicolas Sarkozy a assuré qu’il ne serait « pas choqué », à l’heure de l’Internet généralisé, par cette éventualité, illégale, François Hollande a, lui, choisi un registre légaliste en affirmant son opposition à toute publication prématurée.

- Après les prises de position politiques, place à l’administration. Hier au Conseil d’Etat, institution peu habituée à telle agitation, la présidente de la Commission des sondages Marie-Eve Aubin a répété sa « détermination à faire respecter la loi » de 1977, modifiée en 2002. « Pas seulement parce que c’est la loi -bien que cette seule raison pourrait suffire-, a-t-elle précisé, mais parce que la loi a un objectif noble et légitime : assurer la sérénité et la liberté des électeurs, leur égalité devant l’information et devant le suffrage ». « Il se peut que cette loi doive être amendée, mais ce n’est pas notre rôle d’en décider », a poursuivi la présidente Aubin, avant d’assurer que le Parquet serait saisi de toute infraction constatée et interviendrait « avec diligence, discernement et fermeté ».

(...)

Pas de sondages sortie des urnes

- Sous pression, les neufs principaux instituts de sondages (BVA, CSA, Harris interactive, Ifop, Ipsos, LH2, OpinionWay, TNS Sofres et Viavoice) se sont tous engagés par écrit à ne pas communiquer aux médias étrangers, qui ont annoncé leur intention de violer la loi française, des estimations qu’ils feraient avant 20 heures à partir de « bureaux tests » et sur des bulletins de vote dépouillés. Et ils n’effectueront pas de sondages sortie des urnes, une pratique coûteuse qui ne faisaient déjà presque plus partie de leurs habitudes. « Par conséquent, tout chiffre qui circulerait pendant la journée serait le fruit de rumeurs et de manipulations » et n’aurait « aucun crédit », a martelé Marie-Eve Aubin.

- A propos d’une éventuelle collaboration des réseaux sociaux, Matthias Guyomar, secrétaire général de la Commission, a reconnu n’avoir « pas eu de retour de Twitter qui permettrait d’affirmer qu’ils prendront des dispositions particulières pour le respect de la loi. » Assurant que que les moyens mis en place sont toutefois « en adéquation avec l’ampleur des infractions susceptibles d’être commises », il a précisé qu’une dizaine de personnes ainsi que les moyens habituels du Parquet seront mobilisés. Et Matthias Guyomar de préciser que les saisies du Parquet seront effectuées « de manière systématique », même si ce n’est pas « le jour même », pour « quiconque sera pris en train de violer la loi ». L’amende encourue est de 75.000 euros pour un particulier, cinq fois plus pour une personne morale. Pour y échapper, il faudra faire preuve de retenue jusqu’à 20 heures ou d’imagination pour coder ses « révélations », par exemple en évoquant un match entre la Hollande et la Hongrie..."

Répondre à cet article