L’incursion israélienne en Syrie (6 septembre 2007)

Mardi 18 décembre 2007, par Julien CHAUVIERRE // Publications

- En faisant un peu de ménage dans les fichiers de mon ordinateur, j’ai retrouvé une ébauche d’article publié, à l’époque, par Geostratos. Il ne s’agit pas de la version définitive publiée en octobre 2007, mais je vous le propose car il n’est pas dénué d’intérêt...

- Alors qu’Ehoud Olmert déclarait mercredi 9 août « Je pense que nous pouvons nous attendre à un été calme, à un automne calme et à un hiver calme  » à propos de la Syrie, le Mossad disposait depuis un certain temps d’informations sur les tentatives de Damas pour se procurer des ogives nucléaires à placer sur ses missiles skuds. L’opération aurait été donc préparée de longue date. Selon CBS l’aviation israélienne a attaqué un bâtiment dans lequel était entreposé du matériel nucléaire. Si Israël n’exclut pas que la Syrie cherche à se doter de l’arme nucléaire, les services de renseignements estiment que Damas est loin d’y parvenir.

Sommaire

I. « Quelque chose d’important s’est passé le 6 septembre »

A. Faits
1. Aviation
2. Soutien au sol
3. Destruction

II. Les Etats-Unis avertis

A. L’accord des Etats-Unis
B. Les divergences au sein de l’administration américaine entre le vice-président Dick Cheney et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice

III. Quelle réaction de la Syrie ?

IV. Le rôle de la Turquie

A. Réactions turques officielles

B. Des relations refroidies avec les Etats-Unis
1. Reconnaissance du génocide arménien par le Congrès
2. Les velléités turques dans le Kurdistan irakien

C. Les liens de certains milieux turcs avec Israël
Autorisation de survol de l’espace aérien donnée par l’armée turque

V. Conséquences

A. Géopolitique de la région

1. Arabie Saoudite
2. Irak
3. Iran

B. Russie

C. UE

D. Et s’il s’agissait d’un « ballon d’essai  »lancé ?

1. Rappelle étrangement « l’avant seconde guerre du Golfe  »
2. Un message à l’Iran

I. « Quelque chose d’important s’est passé le 6 septembre »

A. Faits
1. Aviation

- L’aviation israélienne serait entrée dans le nord de l’espace aérien syrien [1] dans la nuit de mercredi à jeudi 6 septembre 2007. Selon l’hebdomadaire anglais Observer, huit avions israéliens de type F-15 et F-16 auraient participé à l’opération. Une source précise que les avions étaient équipés de missiles de type Maverick, et de bombes de 250 kilos. Après un vol le long de la mer méditerranée et un ravitaillement entre Chypre et la Turquie, l’aviation israélienne aurait survolé le territoire turc. Deux réservoirs de carburant auraient été retrouvés en Turquie et deux autres en Syrie. Le largage de ces derniers permettant d’éviter les systèmes de défense syriens en volant à une vitesse supersonique
L’hebdomadaire Aviation Week avance qu’Israël aurait ’’aveuglé’’ les radars syriens en utilisant un système de combat électronique, alors que la Syrie affirme avoir tiré sur un avion de guerre israélien [2].
Pour le journal Al Hayyat la Grande-Bretagne connaissait l’objectif grâce à ses radars postés à Chypre
Pour le ministrede la Communication libanais, Marouan Hamada, les problèmes techniques rencontrés par les appareils de communication aériens et maritimes du Liban, peu de temps avant l’incursion israélienne y seraient liés. M.Hamada aurait communiqué cette information aux ambassadeurs étrangers en poste au Liban.
Dans une lettre au secrétaire général de l’ONU, la Syrie affirme que « ce n’est pas la première fois qu’Israël a violé » son espace aérien [3] .

2. Soutien au sol

- L’unité d’élite de Tsahal, Shaldag, arrivée un jour plus tôt, aurait disposé des signalisations laser sur les objectifs à attaquer, un jour avant le raid israélien, selon le Sunday [4] . Der Spiegel rapporte qu’un bâtiment naval allemand posté au large des côtes libanaises aurait repéré deux avions de chasse israéliens F-15.

3. Destruction

Alors que la Syrie invite les journalistes en excursion jeudi 11 octobre 2007 sur le site du « Centre de recherche sur les régions désertiques », à Dir-a-Zur, au nord-est du pays, site présumé du raid israélien, de nombreuses spéculations sur l’objectif réel ont été alimentées par différents services de renseignement.

a. Armes destinées au Hezbollah

- CNN citant des sources régionales et américaines affirmait que le raid visait une base syro-iranienne de missiles en Syrie dont les armes devaient être livrées au Hezbollah

b. Usine d’armement chimique

- « La Syrie possède le plus important arsenal et le plus grand stock d’armes chimiques au Moyen-Orient, amassés au cours des deux dernières décennies avec des armes achetées à la Corée du Nord »

Le magazine anglais Jane’s, spécialisé dans les questions militaires, affirmait le 18 septembre dernier qu’une explosion dans une usine d’Alep au nord de la Syrie a retenti le 26 juillet dernier, faisant 15 morts, alors que des scientifiques syriens et iraniens tentaient d’armer un missile Skud de type C d’ogives chimiques. Il se pourrait par ailleurs, que des gaz aient été relâchés dans l’air à la suite de l’explosion. L’usine où s’est produit l’incident avait été construite plus tôt sur les termes d’un accord de coopération entre iraniens et syriens.

c. Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas

Pour le journal libanais Al Nahar, Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas basé à Damas était visé par ce raid. Le journal Asharq al-Awsat évoque qu’il s’agirait d’un avertissement israélien à la Syrie pour les activités terroristes du Hamas sur son sol.

d. Installations nucléaires

- Le Mossad disposait depuis un certain temps d’informations sur les tentatives de Damas pour se procurer des ogives nucléaires à placer sur ses missiles skuds. L’opération aurait été donc préparée de longue date. Des sources israéliennes avancent que les installations sont destinées à l’extraction d’uranium à partir du phosphate. Des sources israéliennes estiment que les préparatifs de l’attaque ont débuté au printemps dernier, quand Meir Dagan, chef du Mossad présenta à M. Olmert des preuves que la Syrie cherchait à obtenir de la Corée du Nord du matériel nucléaire.
Selon une source des forces armées israéliennes, le satellite israélien Ofek 7 lancé en juin a été détourné de l’Iran vers la Syrie, envoyant des images toutes les 90 minutes, facilitant ainsi la localisation de la cible. Washington aurait demandé à Israël de patienter pour analyser ces photos-satellite
Andrew Semmel, chargé au Département d’Etat de la non-prolifération nucléaire, affirme que “de nombreux techniciens étrangers” sont présents en Syrie et “qu’il n’y a pas de doute” que des coréens du Nord sont présents.
Selon les services de renseignements américains, des scientifiques nord-coréens auraient été blessés et le site permettait à la Syrie d’enrichir du plutonium.

e. Bateau coréen transportant du ciment

- Pour un expert américain du Proche-Orient, après conversation avec des sources israéliennes, trois jours avant l’opération, une cargaison, présentée comme du « ciment », en provenance de Corée du Nord, serait arrivée en Syrie.
Radio Damas a démenti le dimanche 16 septembre toute coopération avec la Corée du Nord dans le domaine nucléaire. « Les informations diffusées à ce sujet par les médias américains sont de purs mensonges. L’administration américaine sait pertinemment que nous ne possédons aucune technologie nucléaire. »

f. La vigilance des Etats-Unis
- Robert Gates, Secrétaire à la Défense a déclaré à propos d’une éventuelle coopération nucléaire entre la Corée du Nord et la Syrie qu’il s’agirait d’un « réel problème pour l’administration Bush .”

II. Les Etats-Unis avertis

A. L’accord des Etats-Unis

- Pour obtenir l’accord de Washington des preuves d’activités liées au nucléaire étaient nécessaires avant cette mission, selon un responsable américain, cité sous le couvert de l’anonymat par le Sunday Times du dimanche 23/09/07 . Le raid de la Sayeret Maskal a été dirigé directement par Ehoud Barak, ancien commandant de cette unité d’élite et les commandos israéliens auraient saisi du matériel nucléaire nord-coréen.
M. Bush aurait été informé au préalable du raid en Syrie, mais ne souhaitait pas s’ingérer afin de ne pas nuire aux pourparlers avec Pyongyang pour le démantèlement de son programme nucléaire.
Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a affirmé à la mi-septembre que ’’Les Etats-Unis suivent de très près la Corée du Nord et la Syrie’’
Des responsables américains ont confié à la chaîne d’informations CBS, deux semaines après l’incursion que l’objectif était un bâtiment dans lequel était entreposé du matériel nucléaire. Selon eux, le raid israélien était un message dissuasif lancé à la Syrie.

B. Les divergences au sein de l’administration américaine entre le vice-président Dick Cheney et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice

- Pour, Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidence américaine "Nous savons déjà depuis longtemps que la Syrie tente depuis plusieurs années de construire une centrale nucléaire. Israël a détruit cette centrale et je soutiens cette action »

III. Quelle réaction de la Syrie ?

- Des fonctionnaires syriens, le soir suivant l’intervention ont déclaré que la Syrie ne se laissera pas entraîner dans une guerre dont le moment et la méthode lui seraient imposées par Israël et les Etats-Unis
Le ministre syrien de l’Information, Mohsen Bilal, a déclaré le lendemain de l’intervention que « la Syrie se réserve le droit de déterminer la qualité, le type et la nature de notre réponse à l’attaque israélienne » alors que quelques semaines plus tard le président syrien Bachar al-Assad indiquait à la BCC que la Syrie se réservait le droit de riposter.
Dans les deux semaines suivant l’intervention la Syrie a renforcé ses troupes sur le plateau du Golan et des avions Mig-21 syriens se sont approchés de la frontière israélienne mais ont pris la fuite lorsque les F-15 israéliens sont arrivés pour les intercepter. L’un des appareils syriens s’est écrasé.

IV. Le rôle de la Turquie

A. Réactions turques officielles

Le gouvernement turc affirmait le 6 septembre que le dernier exercice aérien de Tsahal dans l’espace aérien turc date du mois d’août.
Le lundi suivant Walid al Moualem, le chef de la diplomatie syrienne en visite officielle à Ankara, incita cette dernière de soutenir une démarche syrienne auprès du Conseil de sécurité.
B. Des relations refroidies avec les Etats-Unis

1. Reconnaissance du génocide arménien par le Congrès
2. Les velléités turques dans le Kurdistan irakien

C. Les liens de certains milieux turcs avec Israël

- Le volume des échanges commerciaux entre Jérusalem et Ankara atteint annuellement les 2,5 milliards de dollars ; et celui des échanges entre les sociétés privées des deux pays, à 7 milliards de dollars [5].

Sous le régime du président turc Erdogan, les relations entre les deux pays ont connu une nette amélioration.

Dans les jours à venir une visite du chef d’état-major de l’armée turque, le général Yasser Büyükanit, est prévue en Israël où La coopération militaire israélo-turque sera abordée
Autorisation de survol de l’espace aérien donnée par l’armée turque

Pour le journal koweitien Al Jarida, les services secrets turcs auraient aidé Israël à mener son incursion présumée dans l’espace aérien syrien notamment en fournissant des informations sur les cibles syriennes et les avions israéliens auraient reçu l’autorisation de l’armée turque pour survoler son espace aérien. Il semble que les échelons politiques n’auraient pas été mis au courant.
Notons que deux réservoirs ont été retrouvés du côté turc de la frontière.

V. Conséquences

A. Géopolitique de la région
1. Arabie Saoudite

- Dans une interview sur la chaîne de télévision Al Arabiya, le ministre des Affaires étrangères saoudien a déclaré que « toute opération militaire dans la région est une source d’inquiétude, et ce pour tout le monde ».

2. Irak

- Selon le New York Times, la Syrie laisserait opérer sur son territoire des sunnites irakiens et des anciens baasistes, hostiles au gouvernement de Bagdad, afin d’avoir une emprise sur ces groupes lors du retrait des troupes de la coalition internationale d’Irak.

3. Iran

- Le New York Times a avancé au début du mois d’octobre que l’Iran a l’intention d’injecter des milliards de dollars en Syrie dans l’industrie et les infrastructures civiles syriennes.
Si le boycott américain rapproche les deux pays, des sources israéliennes avancent que Damas redoute de devenir un Etat satellite de Téhéran. L’ambassadeur d’Iran en Syrie indiquait le lendemain du raid que Téhéran offrirait à la Syrie toute l’aide dont elle pourrait avoir besoin.

B. Russie

- Dans un communiqué du 6 septembre le ministère russe des Affaires étrangères espère qu’Israël n’effectuera plus d’incursion dans l’espace aérien syrien, redoutant une nouvelle dégradation de la situation sécuritaire dans la région.
- Des responsables sécuritaires israéliens craignent la conclusion d’un contrat d’armement ’’l’histoire nous enseigne que tout ce qui parvient à Damas, parvient finalement au Hezbollah’’

C. UE

- Le Président du Conseil italien, Romano Prodi, a marqué sa préoccupation lors d’une conférence de presse à Rome le 6 septembre 2007 avec le vice-président syrien Farouk a-Chareh,

D. Et s’il s’agissait d’un « ballon d’essai »lancé ?

- Le journaliste Wayne Madsen, qui se fonde sur les services de renseignements américains et britanniques, avance que le raid aérien israélien en Syrie ferait partie d’un plus vaste processus coordonné entre des membres de l’administration Bush et le gouvernement Olmert pour déclencher une guerre entre lsraël et l’Iran et la Syrie. Cette guerre devrait permettre à Washington et Jérusalem de détruire les infrastructures nucléaires iraniennes.

- Deux camps semblent s’affronter : d’un côté Mme Rice, secrétaire d’Etat et de l’autre Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis, qui aurait déjà songé par le passé à demander à Israël d’attaquer un site nucléaire iranien afin de provoquer un conflit, dans lequel les Etats-Unis auraient pu intervenir [6]. David Wurmser, l’ancien conseiller du vice-président américain aux affaires du Proche-Orient a déclaré au Daily Telegraph ’’Nous devons tout faire pour déstabiliser le régime syrien et même le faire tomber, ce qui provoquera un ’’effet domino’’ et entraînera également la chute du régime iranien’’http://www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/news/2007/10/05/wiran105.xml

1. Rappelle étrangement « l’avant seconde guerre du Golfe »

2. Un message à l’Iran

- Devant l’Assemblée générale de l’Onu, début septembre, la ministre israélienne des Affaires étrangères Tsipi Livni a déclaré que l’Iran était « le plus grand sponsor du terrorisme et le grand responsable de la situation en Irak, au Liban et dans tout le Proche-Orient ».
Pour John Bolton, ancien ambassadeur américain à l’ONU, qui était sous-secrétaire pour le contrôle des armements au Département d’Etat « c’est un message clair pas seulement pour la Syrie, c’est un message clair à l’Iran également (pour lui signifier) que ses efforts continus pour acquérir des armes nucléaires ne resteront pas sans réponse [7] » .
« Des sources gouvernementales et militaires ont confirmé à Barbara Starr de CNN que le raid aérien a eu lieu et qu’ils sont heureux qu’Israël ait transmis le message à la fois à Israël et à l’Iran [8] »

Des responsables américains ont confié à la chaîne d’informations CBS que Tsahal a attaqué un bâtiment dans lequel était entreposé du matériel nucléaire. Ils n’excluent pas que Damas cherche à se doter de l’arme nucléaire, mais soutiennent qu’elle n’est pas près d’y parvenir. Il s’agirait d’un message dissuasif

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