L’association de l’ex-député FN met 27 employés au chômage

Mercredi 26 septembre 2018 // Bruno CHAUVIERRE

JUSQUE-LÀ, ce sont eux qui tâchaient de remettre les chômeurs sur la voie de l’emploi. Mais depuis hier, les 27 salariés de l’association Gave (Groupe d’accompagnement vers l’emploi) doivent aller pointer à l’ANPE.

Jeudi, le tribunal de grande instance de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de cette association basée dans le XIIIe : des délégués syndicaux avancent le déficit de 200 000 € . « La décision a été très brutale car jusqu’ici tout allait bien, explique la représentante CGT du personnel. Le 18 novembre, la direction nous avait présenté un bilan et un budget prévisionnel corrects. Des primes et des augmentations de salaire ont même été accordées en 2004. »

Depuis 1998, date de sa création, le Gave a pour client exclusif l’ANPE, qui lui confie ses chômeurs avec pour mission d’élaborer, avec chacun d’entre eux, un projet de retour à l’emploi. L’association facture ensuite à l’ANPE un tarif de 687€ ou 762€ en fonction de la durée et du contenu de sa prestation. Lorsque le TGI a prononcé la liquidation du Gave, environ 180 chômeurs étaient encore pris en charge, soit une manne d’environ 126 000€ .
Mais dernièrement, l’ANPE s’est montrée beaucoup moins généreuse en décidant de ne reconduire la convention qui la lie à l’association que pour six mois (au lieu d’un an). « On nous a expliqué que notre taux de reclassement des
chômeurs était inférieur à celui des structures similaires, et surtout que le nombre d’abandons
était trop élevé. Effectivement, depuis trois mois, nous tournons à 20 % de notre activité
 » explique Bruno Chauvierre, le président du Gave.

L’ANPE n’a pas souhaité répondre à nos questions mais, selon plusieurs sources, le revirement de l’Agence pour l’emploi ne serait pas seulement lié à la baisse d’activité du Gave. L’ANPE aurait reçu il y a un an une lettre anonyme dénonçant des pratiques douteuses au sein de l’association. Autre signe de malaise : l’ancien directeur
du Gave, Thierry Labaille, avait également pointé un certain laisser-aller avant d’être licencié pour faute en janvier 2004, et de gagner son procès aux prud’hommes le mois dernier. A cette occasion, Bruno Chauvierre a été condamné à verser 20 000€ .

Le président de l’association n’est pas un inconnu du grand public. En 1986, Bruno Chauvierre avait été élu député sur une liste du Front national

avant de quitter le parti d’extrême droite quelques mois plus tard. Depuis 1988 et la dissolution de l’Assemblée nationale, il avait disparu de la scène politique.

La semaine dernière, les salariés du Gave ont adressé un courrier au procureur de la République de Paris, sollicitant l’ouverture d’une information judiciaire.

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