Al Qaeda cherche loup solitaire

Dimanche 11 mars 2012, par Julien CHAUVIERRE // Géopolitique

- La première victime du "tueur au scooter", le parachutiste Imad Ibn Ziaten, tombait il y a un an sous les balles de Mohamed Merah.
Suite aux événements de Toulouse et Montauban, j’étais l’invité de « Face à l’info » sur « La Première » (radio publique belge francophone), le 26 mars 2012, pour développer la notion de « loup solitaire » exposée dans mon livre Les fils maudits de Ben Laden.
 [1]

-  Voici un résumé de mon intervention. Un an plus tard, elle reste d’actualité.

- Les nouveaux media peuvent constituer des vecteurs de radicalisation sans forcément avoir besoin de se rendre au Pakistan ou en Afghanistan (sites et forums djihadistes, magazine en ligne Inspire...)
Le profil d’un jeune délinquant, radicalisé en prison, s’était déjà rencontré en France en 1995 avec Khaled Kelkal.
En novembre 2009 à Fort Hood, aux Etats-Unis, un officier américain de religion musulmane, Nidal Hassan avait abattu plusieurs soldats américains à l’endroit même où il travaillait. Il apparaîtra par la suite que Hasan, né aux Etats-Unis de parents d’origine jordanienne, s’est laissé influencer et radicaliser via une mosquée locale extrémiste et via Internet. Il a d’ailleurs échangé des courriels directement avec un des chefs d’AQPA , lui aussi né aux Etats-Unis.

Le loup solitaire, « cauchemar » des services occidentaux.

- Ce loup solitaire est le « cauchemar » des services de renseignements occidentaux.
Ces derniers pensent qu’AQ « historique » sera de plus en plus marginalisée sur le plan physique. Ses possibilités d’action et de capacité de déplacement sont de plus en plus réduites, la coordination est devenue impossible pour de grosses actions, etc...
Ces mêmes spécialistes préviennent, que, d’une part, l’idéologie djihadiste va se répandre de plus en plus, et que, d’autre part, les groupes « autonomes » pourraient maintenir une menace de niveau moins élevée mais néanmoins permanente.
On constate d’ailleurs un recrutement de plus en plus important de jeunes djihadistes en Occident et même en Amérique du Nord. Le FBI a démantelé plusieurs réseaux terroristes en cours de constitution et qui comptaient soit des jeunes musulmans nés aux Etats-Unis soit des Américains fraichement convertis
L’administrateur de la Sûreté belge déclarait en mars 2012 sur un plateau de télévision qu’ils étaient quelques dizaines en Belgique. Si on ne peut remettre en cause la pratique pacifique de la religion de la majorité des musulmans en Belgique et France, ce chiffre est inquiétant.

Djihad sans chefs

- Le concept du Leaderless Jihad (Djihad sans chefs) a été défendu, entre autres, par Mustafa Setmarian Nasar (alias Abou Moussab al-Souri, djihadiste d’origine syrienne, soupçonné d’être le cerveau des attentats suicide de Madrid et de Londres), qui dans un texte déjà paru en 2005, conseillait aux djihadistes de créer des réseaux décentralisés d’individus et de cellules locales unis par la foi plutôt que des structures hiérarchiques qui risquent d’être ciblées par la répression.

Le but est donc que se créent des cellules informelles composées d’islamistes immigrés ou nés en Occident. Les djihadistes autonomes sont effectivement souvent enracinés dans les pays occidentaux, cibles potentielles d’Al Qaeda. Parfois, il s’agit même d’autochtones convertis à l’Islam.
Les djihadistes appellent régulièrement les musulmans radicaux, partout dans le monde, à recourir à la stratégie du loup solitaire : c’est-à-dire frapper seul, avec les moyens dont ils disposent.
Stratégie qui, par définition, évite les indiscrétions et les risques d’infiltration que peut connaître une cellule terroriste. Le but étant que ces « petites » attaques se multiplient et finalement provoquent un état permanent de tensions au sein des sociétés occidentales.
Mais pour que ces attaques solitaires aient un minimum d’efficacité, les forums djihadistes donnent également des consignes en ce qui concerne les cibles potentielles. Il faut que ces cibles soient facilement accessibles à l’auteur, qu’une action efficace soit possible contre elles et que les cibles soient de nature à ce qu’on puisse s’attendre à un impact médiatique.
Ces « djihadistes spontanés », recrutés et endoctrinés via Internet sont d’autant moins repérables par les services de sécurité qu’il peut s’agir de gens nés et élevés dans les pays occidentaux. Lorsqu’il ne s’agit pas de convertis qui, par définition, peuvent passer encore plus inaperçus.
Si bien évidemment, la capacité opérationnelle de ces militants autonomes sera moins élevée que celle de militants chevronnés et entrainés ; il n’en reste pas moins que la multiplication de « loups solitaires du Djihad » pourrait devenir un problème majeur dans les années, voire les mois qui viennent.

Répondre à cet article

5 Messages